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Copyright ou copy-bot ? Le dilemme de l’art généré par l’IA

  • Photo du rédacteur: Kolia LOUISON
    Kolia LOUISON
  • 22 sept. 2025
  • 3 min de lecture

Un bouleversement dans la création artistique

Depuis quelques années, des intelligences artificielles sont capables de générer des peintures numériques proches de l’impressionnisme, des portraits hyperréalistes ou encore des compositions musicales inédites. Ces œuvres brouillent la frontière entre création humaine et production algorithmique. La question se pose alors : qui détient les droits sur une œuvre créée par une IA ? L’artiste qui a saisi la commande ? Le concepteur du logiciel ? Ou l’IA elle-même – bien qu’elle ne soit pas reconnue comme « sujet de droit » ?

Les arguments en faveur d’une propriété humaine

L’artiste comme chef d’orchestre

Même si l’IA produit le visuel ou la mélodie, c’est l’humain qui formule la requête, choisit les paramètres, sélectionne et affine le résultat. L’artiste devient un curateur numérique, donnant un cadre à la machine. À ce titre, il reste légitime de considérer qu’il est l’auteur de l’œuvre finale.

Le rôle des développeurs

Certains estiment que le mérite revient surtout à ceux qui conçoivent les modèles d’IA, nourris par des millions d’images ou de partitions. Sans ces bases de données et ces architectures complexes, aucune création n’existerait. Dès lors, les concepteurs pourraient revendiquer une part de la propriété intellectuelle.

L’IA comme outil, pas comme créateur

Comme un pinceau ou un instrument de musique, l’IA serait un outil. Or, on n’attribue pas la paternité d’un tableau au pinceau, ni celle d’une symphonie au piano. C’est toujours l’artiste qui reste au centre.

Les zones d’ombre et les risques

L’entraînement sur des œuvres existantes

Les IA sont entraînées sur des millions d’œuvres d’art et de morceaux de musique, souvent sans le consentement explicite des créateurs originaux. Cela pose un problème majeur : ces nouvelles œuvres ne sont-elles pas des recombinaisons de créations déjà protégées par le droit d’auteur ? Certains artistes dénoncent une forme de pillage numérique.

La dilution de l’originalité

Si l’IA peut générer à l’infini des variations sur un même style, qu’est-ce qui reste de la singularité artistique ? Le risque est d’inonder le marché d’images et de sons standardisés, brouillant la valeur de l’authenticité et rendant difficile la protection juridique de chaque œuvre.

La tentation d’attribuer des droits aux machines

Dans certains débats, des juristes évoquent la possibilité d’accorder à l’IA une forme de « personnalité électronique » limitée. Cela impliquerait qu’une IA pourrait être titulaire de droits d’auteur. Mais cette perspective soulève des dilemmes éthiques et pratiques : une machine peut-elle vraiment être « auteur » sans conscience, ni intention créative ?

Un débat juridique et éthique ouvert

Les législations peinent à suivre le rythme. Aux États-Unis, l’Office du copyright a refusé d’accorder un droit d’auteur à une œuvre générée uniquement par une IA, en rappelant que l’originalité humaine est indispensable. En Europe, le débat se concentre sur la notion d’« intervention humaine suffisante » : sans elle, pas de protection.Derrière le juridique, c’est une question de société : voulons-nous considérer l’IA comme un simple outil au service des artistes, ou comme un acteur de la création ? Et jusqu’où sommes-nous prêts à déléguer la notion même d’« inspiration » ?


L’art généré par l’intelligence artificielle est un miroir de notre époque : fascinant par son potentiel, dérangeant par ses zones grises. La propriété intellectuelle reste un champ de bataille où s’affrontent artistes, juristes, ingénieurs et citoyens. Plus qu’un problème technique, c’est une réflexion collective sur la valeur de l’art, l’originalité et l’humanité dans la création.

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